Les saisons sur Terre sont théoriquement liées à sa course autour du Soleil et ne devraient pas évoluer. MAIS... d'année en année, l’été commence en fait toujours plus tôt !
Deux chercheurs français viennent de montrer que le printemps "effectif" en Europe de l'Ouest est aujourd'hui en avance de 12 jours par rapport aux années 1960.. et que ça pourrait être 19 jours en 2100. Car leur étude montre aussi que les activités humaines - au delà du réchauffement planétaire global - perturbent aussi les subtils équilibres atmosphériques qui "font le printemps".


Le cycle des saisons - leur date de début et leur durée - est immuable : par définition, il est lié aux fluctuations de l’intensité du rayonnement solaire au cours d’une année, en chaque point de la Terre.

Pourtant, ce n’est pas ainsi qu’il est ressenti par l’homme. Sa perception - forcément subjective - dépend de critères plus "quotidiens comme le dépassement d’un seuil de température, de l'arrivée ou du départ des hirondelles, de la date des vendanges dans sa région, etc...

Et il est normal que ces événements n'aient pas lieu à date fixe : l’évolution des températures au cours d’une année suit bien les fluctuations du rayonnement solaire, mais elle est modulée par les caractéristiques locales de la météo et du climat.


Critères objectifs

Pour étudier objectivement l’évolution au cours du temps de cette modulation du cycle des saisons en Europe de l’Ouest, deux chercheurs français (Christophe Cassou du laboratoire Climat, environnement, couplages et incertitudes et Julien Cattiaux du Centre national de recherches météorologiques) ont élaboré une définition objective des saisons sur l’Europe de l’Ouest, basée sur un critère thermodynamique spécifique à cette région.

Toute l’année, la température de l’Europe de l’Ouest est fortement influencée par la force et la pénétration des vents d’ouest à l’intérieur du continent, deux paramètres liés à la pression atmosphérique.Ou plus exactement à leur "anomalie", c'est-à-dire la différence entre la valeur réelle de la pression un jour donné et la valeur quotidienne moyenne (estimée sur 30 ans) de cette pression.

Or, la relation température-pression se trouve être opposée entre l’hiver et l’été : des anomalies négatives de pression atmosphérique sur l’Europe du Nord correspondent à des vents d’ouest renforcés sur l'Europe de l'Ouest, lesquels induisent des conditions chaudes en hiver mais froides en été. En d’autres termes, pression et température sont anti-corrélées en hiver mais corrélées en été.

Les chercheurs ont donc décidé de choisir la date de ce changement de signe de la corrélation saisonnière température - pression pour définir :
- une dynamique d’hiver où les vents d’ouest océanique contribuent à réchauffer l’Europe de l’Ouest,
- une dynamique d’été où où les vents d’ouest océanique contribuent à refroidir l’Europe de l’Ouest.


Situation actuelle et projection à l'année 2100

En analysant les données des stations météorologiques, les chercheurs ont ainsi démontré une tendance prononcée à l’avancement de la date de début d’été. L’été commençait autour du 12 avril dans les années 1960 mais 12 jours plus tôt dans les années 2000 (vers le 31 mars).

Par ailleurs, leur étude a montré l'impact de l’évolution des émissions de gaz à effet de serre et d’aérosols. Et les projections faites avec un scénario de "laisser-faire" (croissance continue, sans limite ni atténuation, de la concentration des gaz à effet de serre et des aérosols dans l’atmosphère) concluent à une arrivée de l'été de plus en plus précoce. 

En 2100, l'été débuterait alors en moyenne autour du 25 mars, soit 19 jours plus tôt que ce qui se passait typiquement à l’époque préindustrielle.

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Évolution de la date du début d’été estimée à partir d’observations (magenta) et de simulations.
La plage grisée correspond aux variations possibles de la date de début d’été dues à la seule variabilité interne du climat


A quoi est due la croissante précocité de l'arrivée de l'été ?

Les chercheurs ont montré que l’avancée de l’été sur l’Europe de l’Ouest s’explique en partie par la disparition plus précoce de la neige en fin d'hiver sur l’Europe de l’Est (de l’Allemagne à la Russie). Or c'est là une tendance forte d’après les données : sur la période 1979 - 2014, on observe chaque décade une diminution de 3 millions de km2 de la surface enneigée pour le mois de mars.


Évolution de la couverture neigeuse sur l’Europe de l’Est estimée à partir d’observations et de simulations.
Les droites représentent les tendances respectives à la diminution de la couverture neigeuse.

Cette diminution de la neige en Europe de l’Est a un effet notoire en Europe de l’Ouest : l’air transporté à l’Ouest par les épisodes de vent d’est est aujourd’hui beaucoup plus chaud que dans les années 1960.

Un hiver qui n'arrive pour autant pas plus tard

Le climat planétaire se réchauffant globalement et graduellement, les chercheurs s'attendaient à détecter un recul de la date du début d’hiver. Or il n’en est rien. Avec le critère thermodynamique retenu dans cette étude pour définir la date de début de saison hivernale : l'hiver continue de commencer vers le 2 octobre.

Les tendances révélées par cette étude montrent donc qu'en Europe de l'Ouest, l’activité humaine n'influent pas seulement sur le vivant via un "réchauffement global" mais aussi de manière plus subtile par la modification de la relation intrinsèque entre circulation atmosphérique et température.

Source :

Cassou C. et Cattiaux J., Disruption of the European climate seasonal clock in a warming world. Nature Climate Change, 4 avril 2016

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