Des chercheurs ont évalué concrètement les impacts sur l'océan et les activités associées selon que les accords de Paris sur le Climat soient plus ou moins suivis d'effet.
Certains écosystèmes marins montrent une extrême sensibilité au réchauffement, avec un impact important sur plusieurs types de pêche et d'environnement côtier, même si nous réduisons nos émissions de gaz à effet de serre et parvenons à l'objectif "+2°C". Et "laisser filer" le réchauffement ne serait-ce qu'à 2,7°C serait une folie...


On répète ici et là que l’océan tempère le réchauffement global du climat. Certes. Mais cela modifie profondément son fonctionnement physique et chimique, ses écosystèmes... et par répercussion les "services fournis à l’humanité" que sont la pêche, l'aquaculture ou le tourisme littoral...

L'intensité de ces modifications dépend des émissions mondiales de gaz à effet de serre et des efforts que l’humanité fera pour les réduire.

Les simulations de l'impact sur les organismes marins et côtiers, ainsi que sur les activités liées à l'écosystème marin, ont été faites par une équipe internationale de chercheurs selon plusieurs scénarios de réduction, stagnation ou augmentation de nos émissions de gaz à effet de serre (lire : les différents scénarios d'évolution du climat).

Les résultats

Leurs résultats pour une situation à la fin du siècle (et 2100, c'est demain à l'échelle d'une planète !) sont repris dans l'adaptation du schéma parue dans Nature Climate Change ci-dessous (zoom en cliquant dessus).

 2016-06-03-map-oceans-accord-paris-VP.jpg

  Si vous utilisez ce schéma (ce qui est vivement encouragé ! :-) )
merci d'en citer la source www.twi-terre.net

 

Schéma actuel (ligne noire continue)
Nous avons déjà impacté tous les organismes marins et les activités liées à la mer, exceptée l'absorption du carbone par la surface de l'océan.
Mais cela signifie simplement que pour l'instant, il y arrive encore. Pas sûr que ça dure !

Si on continue à augmenter nos émissions de gaz à effet de serre (ligne rose)
Cela conduit à une hausse globale de température de 4°C, avec un impact très fort sur l'ensemble des écosystèmes et des activités liées aux océans.
Pêches, aquacultures marines et tourisme sont tous très impactés... avec les bouleversements socio-économiques que cela implique.

Si on parvient à diminuer nos émissions de gaz à effet de serre (ligne bleue ciel) 
La hausse globale de température pourrait se limiter alors à 2°C.
Néanmoins, les impacts ne diminueront pas, au contraire : les déséquilibres déjà engendrés continuent de se creuser. Mais naturellement, les impacts sont limités et permettent d'espérer que les activités liées au océans pourront être maintenues de façon raisonnable.
Cependant, les impacts aux faibles latitudes (près de l'équateur) resteront importants voire très importants pour les coraux.


Comparaison avec les (possibles) engagements pris suite à la COP21

Suite à la COP21, les pays envisagent de s'engager à limiter l’augmentation de température de la planète à "moins de 2 °C d’ici 2100, voire à 1,5 °C", en ratifiant les Accords de Paris.

Cette étude sur les impacts marins montre que même si on parvient à cet objectif (et les mesures prises en ce sens tardent : lire Suivi des pays qui ont ratifié l'Accord de Paris sur le Climat), il faut s'attendre à des bouleversements environnementaux et socio-économiques.

Même si l’Accord de Paris est totalement respecté, les impacts actuels seront, au minimum, doublés.
Pour espérer un relatif statu quo, les "contributions nationales" à la réduction des émissions de gaz à effet de serre devront être révisées à la hausse.
L’Accord de Paris prévoit un cycle de révision tous les 5 ans à partir de 2020. Espérons que ce sera suivi de mesures de plus en plus efficaces.

Car, dans les "contributions nationales" de l'Accord de Paris établies dans le cadre de l’exercice COP21, les pays se sont engagés sur des intentions de réduction de gaz à effet de serre à l’horizon 2030. Mais, en extrapolant leurs effets, elles mènent à des hausses comprises entre + 2.7°C et + 3.5°C pour 2100... beaucoup trop !

Après ce "premier effort", il faut donc que les pays s’engagent à clarifier des objectifs à plus long terme (les concentrations en gaz à effet de serre d’ici la fin du siècle dépendront naturellement aussi fortement de la période "après 2030") et réfléchir à la manière de les atteindre via des modifications réelles de leurs politiques pour l'énergie, le transport, l'utilisation des ressources,...

Les chercheurs du GIEC pointent par ailleurs un fait majeur : avec les données prospectives dont disposent désormais les scientifiques (et donc, nous tous, Terriens...), il faudrait peut-être que les impacts réels sur les différents écosystèmes soient vraiment pris en compte lors des discussions inter-gouvernementales sur les efforts à faire !

Ils nous préparent d'ici 2-3 ans deux nouveaux rapports : l’un sur un monde à + 1.5 °C, l’autre sur les océans.

Sans jouer les Cassandre, gageons qu'ils seront effrayants et espérons qu'ils incitent gouvernements et citoyens du Monde à agir.

A ce jour (6 mois après la COP21), 17 pays ont promis d'agir... mais ils ne représentent que 0,05% des émissions mondiales : un pouillième des 55% nécessaires pour limiter la hausse à "+2°C en 2030" !

Sources

Communiqué de presse du CNRS

Article "Implications of the Paris Agreement for the ocean" - Nature Climate Change

Merci à Alexandre Magnan (co-auteur de l'étude) pour sa relecture attentive :-)

Qu’est-ce que l’écologie scientifique ?

Comme toute science, l’écologie scientifique a le monde qu’elle prétend étudier qui lui colle à la peau. Cela n’invalide pas la scientificité de l’écologie mais, au contraire, confirme que l’écologie scientifique n’est pas différente des autres activités scientifiques. L'écologue doit assumer le fait que les interactions du monde vivant qu’il étudie sont elles-mêmes en interaction avec d’autres sphères, qu’elles soient éthique, politique ou citoyenne.

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