2014 09 miguel canetePremier exercice du nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker : proposer une équipe pour la prochaine Commission Européenne. Dans sa proposition, un seul et même commissaire sera responsable de l'énergie et de l'action pour le climat.
Tenir ces deux manettes en même temps semble frappé au coin du bon sens. C'est pourtant une première...
Et on risque finalement de le regretter au vu du casting ! Car l'espagnol Miguel Arias Cañete est à peu près tout, sauf soucieux d'environnement... comme il l'a montré en tant que responsable politique en Espagne.


Déception en regardant la "photo de famille" : avec 20 hommes et 7 femmes dans l'équipe proposée pour être la prochaine commision européenne, la parité n'était apparemment pas une priorité.
D'ailleurs, l'environnement non plus ! Certes, un seul et même commissaire sera responsable de l'énergie et de l'action pour le climat. Tenir ces deux manettes en même temps semble frappé au coin du bon sens ; c'est pourtant une première... et on risque finalement de le regretter au vu du casting !

L'objectif affiché pour l'axe énergie-climat reflète bien la complémentarité des thèmes puisqu'il devra "renforcer la part des énergies renouvelables de l'Union européenne sur son territoire, pour mener une politique responsable de lutte contre le réchauffement climatique mais aussi – et c'est un impératif pour la politique industrielle – pour continuer à disposer d'une énergie à un prix abordable sur le moyen terme".

Vous avez l'impression que la deuxième partie ressemble à une excuse par avance de ne pouvoir renforcer vraiment la part des énergies renouvelables ? La version anglaise du communiqué de l'union européenne présente plus clairement "l'énergie à un prix abordable sur le long terme" comme conséquence de "l'augmentation des énergies renouvelables" (Strengthening the share of renewable energies is not only a matter of a responsible climate change policy. It is, at the same time, an industrial policy imperative if Europe still wants to have affordable energy in the medium term.). Ouf !

Mais c'est l'espagnol Miguel Arias Cañete qui a eu les faveurs de M. Juncker.
... Un choix que les Verts espagnols ne digèrent pas et qui commence à échauffer les esprits un peu partout ailleurs : son profil ne correspond en rien à cette double charge "pro-environnement" énergie-climat où il faut (rappelons-le !) promouvoir les énergies renouvelables face aux autres énergies et savoir faire consensus autour de la table.

En tant qu'ancien ministre de José María Aznar puis de Mariano Rajoy, avec des portefeuilles multi-poches variables : agriculture / alimentation / pêche (2000-2004) puis agriculture / alimentation / environnement (2008 - 2014), Miguel Cañete peut se prévaloir d'une expérience...

... mais surtout de décisions en tant que ministre qui ont largement piétiné le respect de l'environnement :

  • autorisations de fracturation rendues nationales pour les imposer y compris dans les régions espagnoles qui s'y opposaient,
  • approbation de forages pétroliers en mer aux Canaries et en Méditerranée,
  • soutien à une privatisation (importante) des littoraux,
  • accord pour faire entrer en Europe le gaz de schiste canadien via la société espagnole Repsol,
  • autorisations généralisées de chasse dans les parcs nationaux,
  • opposition aux orientations environnementales de la PAC,
  • ... (la liste est longue) ...

et pas un mot quand des décisions du gouvernement espagnol allaient à l'encontre des énergies renouvelables.

Serait-ce parce qu'il a dirigé une société pétrolière et possède encore des actions (et sans doute quelques amis) dans le secteur ?

En tout cas, les actions nationales du chantre des OGM et du pétrole qu'est M. Cañete - par ailleurs amateur de voitures et de combats de taureaux - ne laissent que peu d'espoir à une attitude différente au niveau européen !

Alors que l’Europe doit décider rapidement de ses grandes orientations en matière d'énergies et que la Conférence de Paris sur le climat aura lieu dans moins d'un an, proposer M. Cañete aux commandes des énergies et de l'action pour le climat frise la provocation.

Lui, confiant, s'y annonce déjà "nommé" alors que les euro-députés ne l'ont pas encore auditionné... et qu'une campagne citoyenne contre sa nomination a déjà mobilisé un demi-million de signataires.

Quoiqu'il en soit, "bon courage" aux euro-députées qui le croiseront au Parlement : pendant la campagne de mai dernier, il a déclaré "compliqué de tenir un débat avec une femme, car montrer de la supériorité intellectuelle pourrait paraître sexiste".

Sources

Qu’est-ce que l’écologie scientifique ?

Comme toute science, l’écologie scientifique a le monde qu’elle prétend étudier qui lui colle à la peau. Cela n’invalide pas la scientificité de l’écologie mais, au contraire, confirme que l’écologie scientifique n’est pas différente des autres activités scientifiques. L'écologue doit assumer le fait que les interactions du monde vivant qu’il étudie sont elles-mêmes en interaction avec d’autres sphères, qu’elles soient éthique, politique ou citoyenne.

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