La pêche au filet maillant reste répandue, notamment près des côtes.
Deux études scientifiques viennent de montrer que ces filets verticaux tuent près d'un demi million d'oiseaux marins plongeurs chaque année.
Et que les populations d'oiseaux marins concernés augmentent très nettement dès que ces filets disparaissent dans une zone marine.
 


2013 06 gillnet schemaLes filets maillants ont des mailles conçues pour capturer les poissons en les coinçant par les branchies lorsqu'ils tentent de faire marche arrière.

Ils sont normalement "sélectifs" sur une espèce de poisson particulière. Mais ils piègent aussi accidentellement des oiseaux plongeant pour se nourrir, des tortues marines, des raies, des dauphins,... qui ne peuvent alors plus remonter en surface et se noient.

On le sait pour en avoir des photos cruelles et des signalements assez fréquents. Mais l'ampleur réelle de cet "effet secondaire" des filets maillants est difficile à estimer précisément.

Néanmoins, le nombre d'oiseaux ainsi tués et l'impact sur les populations d'oiseaux marins viennent de faire l'objet de deux publications scientifiques distinctes. Les résultats - concordants - sont effrayants : des centaines de milliers d'oiseaux pêcheurs meurent chaque année dans les filets maillants, notamment des membres d'espèces menacées.

Début juin 2013, une étude publiée dans la revue Biological Conservation [1] recense 148 espèces d'oiseaux marins susceptibles d'être piégés par les filets maillants du fait de leur mode de vie et de leurs habitudes alimentaires ; 81 d'entre elles ayant déjà été recensées pour avoir ainsi "sacrifié" un ou plusieurs spécimens.

La plus grande densité d'espèces fragiles à l'égard de ces filets se situe dans les régions tempérées et sub-polaire des deux hémisphères, avec des densités plus faibles dans les zones tropicales.

En extrapolant les chiffres de captures accidentelles recensées, les chercheurs estiment qu'au moins 400 000 oiseaux agonisent dans les filets maillants chaque année.

Les espèces les plus touchées sont les guillemots (Uria aalge, photo ci-dessous, et Uria lomvia), le plongeon catmarin (Gavia stellata), le manchot de Humboldt (Spheniscus humboldti), le manchot de Magellan (Spheniscus magellanicus), le manchot antipode (Megadyptes antipodes), le manchot pygmée (Eudyptula minor), le fuligule milouinan (Aythya marila) et la harelde kakawi (Clangula hyemalis).

2013 06 gillnet puffinsMi-juin 2013, une deuxième étude parue dans la revue Biology Letters [2] est venue compléter ces résultats en posant la question à l'envers : "Comment évoluent les populations d'oiseaux marins quand on supprime ces filets ?"
En analysant les statistiques avant et après la fermeture de nombreuses pêcheries de saumons et de cabillauds utilisant ces filets maillants sur la côte Est du Canada en 1992.

Les chercheurs de l'université de St John (Memorial University of Newfoundland) ont mesuré l'impact de cet événement sur cinq espèces majeures d'oiseaux marins des réserves naturelles canadiennes de Newfoundland et du Labrador : leur population, mesurées chaque année entre 1968 et 2012, ont été mises en regard de l'utilisation des filets mallants entre 1987 et 2009.

Ils ont ainsi montré que les populations d'oiseaux pêcheurs - susceptibles donc de se prendre dans les filets maillants - ont augmenté depuis que ces filets ne sont plus utilisés.
A l'inverse les oiseaux se nourrissant en surface, comme les goélands, ne pouvant plus profiter des poissons rejetés par les bateaux de pêche, ont vu leurs populations diminuer. Il faut noter cependant que ce ne sont pas des espèces menacées et que l'homme, à travers la pêche et ses rejets de poissons, provoquait en quelque sorte une manne artificielle de nourriture.

Les chercheurs plaident naturellement pour des études plus poussées de ces captures involontaires et le développement de solutions de pêche permettant d'atténuer cette mortalité importante au sein d'espèces réputées menacées par leur sous-nombre.

Sources :
1. The incidental catch of seabirds in gillnet fisheries: A global review. Biological Conservation.
2. Canadian fishery closures provide a large-scale test of the impact of gillnet bycatch on seabird populations. Biology Letters

Qu’est-ce que l’écologie scientifique ?

Comme toute science, l’écologie scientifique a le monde qu’elle prétend étudier qui lui colle à la peau. Cela n’invalide pas la scientificité de l’écologie mais, au contraire, confirme que l’écologie scientifique n’est pas différente des autres activités scientifiques. L'écologue doit assumer le fait que les interactions du monde vivant qu’il étudie sont elles-mêmes en interaction avec d’autres sphères, qu’elles soient éthique, politique ou citoyenne.

logo sciences critiques à lire sur sciences-critiques.fr