Trop inertes ou trop pessimistes, les chercheurs en biodiversité et conservation de la nature ?
C’est le procès qui leur est souvent fait pour "justifier" que nous serions insouciants ou apeurés à agir pour l'environnement, malgré leurs travaux.
Pourtant, une étude à paraître pointe les vraies responsabilités : les scientifiques fournissent analyses et propositions… mais les décisions qui sont prises n’en tiennent pas compte !


 

En étudiant les 12 971 articles scientifiques parus dans les principales revues dédiées aux sciences de la conservation ces quinze dernières, deux chercheurs du CNRS ont voulu comprendre pourquoi la biodiversité reste menacée malgré les travaux de spécialistes de l’environnement partout dans le monde…

2018 09 10 conservation book 863418 pixabay 640Le résultat confirme ce dont chacun est convaincu « sans preuve tangible » jusqu’à présent : des informations fiables sur la situation et sur ce qu’il faudrait faire pour protéger la nature sont données par les scientifiques depuis des décennies…
mais les politiques, eux, cherchent toujours à prendre des décisions qui favorisent les activités humaines, même si c’est au détriment de l’environnement.

On sait depuis 40 ans

Ainsi, c’est bien une somme de près de 13 000 articles de recherche qui ont été publiés ces 15 dernières années pour présenter les états des milieux naturels et des populations, identifier les menaces qui pèsent sur eux, proposer des solutions et des suivis d’évaluation des politiques de conservation.

2018 09 10 conservation angel 1623316 pixabayPire, cela fait 40 ans que ces écrits rendent publiques les quatre principales menaces qui pèsent encore aujourd’hui sur la biodiversité : sur-exploiter les ressources (surchasse ou surpêche, par exemple), fragmenter l’habitat des espèces, introduire des espèces invasives...
et observer sans réagir les extinctions en chaîne qui peuvent découler des trois premiers facteurs !

Aujourd’hui – faute d’avoir agi là aussi – s’ajoutent les dérèglements climatiques qui accentuent encore plus les déséquilibres des milieux naturels.

Une situation qui s’emballe, partout

Et n’allez pas croire que les études et les alertes lancées relèvent d’un « luxe lointain »...

2018 09 10 conservation vw 2122580 pixabay 640Dans leur majorité, elles ne concernent pas de petites fleurs de la forêt amazonienne ou des papillons rarissimes en Asie, mais portent sur les écosystèmes européens.
Comme la mise en évidence de la chute des populations d’oiseaux dans les campagnes françaises ou du nombre d’insectes en Europe de l’Ouest (fait déjà noté par les automobilistes aux pare-brise intacts malgré 500 km de trajet)...

Et pourtant...

2018 09 10 conservation wolf 1336229 pixabayQuand ses alertes sont écoutées, la recherche en conservation porte ses fruits, avec une nette amélioration de situations de crise grâce à des mesures de protection et de simple « laisser faire la nature » pour le retour spontané d’espèces comme le loup en Europe.

Les sciences de la conservation ne sont donc ni pessimistes, ni optimistes, mais réalistes.

2018 09 10 conservation ball 665090 pixabay 640Selon les chercheurs, les propositions de solutions durables et compatibles avec les activités humaines ne manquent pas.

Le frein majeur réside dans la demande de compromis toujours plus favorables à l’exploitation plutôt qu’à la conservation, malgré des recommandations scientifiques habituellement plutôt prudentes, voire timides...

 

2018 09 10 tortue CNRS C Thomas vignaud La tortue verte Chelonia mydas est un exemple positif de conservation active : après sa protection et l’arrêt de son commerce, les pontes sur l’île de l’Ascension – le plus grand site de ponte de l’espèce de l’Atlantique Sud – ont été 6 fois plus nombreuses en 2013 qu’en 1977.

©Thomas VIGNAUD - CNRS

 

Source :

 Publication What conservation does de L. Godet et V. Devictor, parue dans Trends in Ecology and Evolution le 10 septembre 2018

 

Vous cherchez une info précise ?

Les derniers livres chroniqués

  • Il faut sauver nos oiseaux !

    Il faut sauver nos oiseaux !

    Le titre dit tout : nos oiseaux disparaissent et il faut réagir ! Car la situation est grave, mais il est encore possible de mettre en place de mesures de préservation. Ce livre fait le tour des causes de la disparition des oiseaux en France (souvent liées aux activités humaines), souligne l'utilité de la présence d'oiseaux pour la nature, et détaille la situation pour quelques espèces dits "communes" comme l'hirondelle rustique, l'alouette des champs ou le tarier des prés, aujourd'hui particulièrement en danger... avec quelques espoirs pour l'avenir si nous agissons pour freiner leur raréfaction !
  • Comprendre les plantes et les arbres

    Comprendre les plantes et les arbres

    Vous êtes vous déjà demandé comment fonctionnent les plantes et les arbres ? Vous devriez, c'est fascinant ! Et c'est justement ce que propose de découvrir ce très beau livre, richement illustré de photos et de croquis, sous forme d'un voyage "à l'intérieur des plantes".En faisant le tour de leurs différentes parties (feuilles, troncs, racines, graines, fruits,...) et de leur "co-habitation" avec l'Homme, l'univers de diversité que vous découvrirez vous passionnera d'autant plus en sachant que les plantes qui nous entourent aujourd'hui descendent toutes de simples algues apparues il y a plus de 500 millions d'années.

Les dernières vidéos

  • Climate Action Tracker (octobre 2020)

    Climate Action Tracker (octobre 2020)

    En novembre 2015, 197 pays se sont réunis à Paris et sont convenus de poursuivre les efforts pour circonscrire la hausse de la température sur notre planète à 1,5 degré Celsius. Le « Climate Action Tracker » surveille la progression vers les engagements de 36 pays, responsables d'environ 80% des émissions mondiales des gaz à effet de serre aujourd'hui. Les nouvelles sont mauvaises : les émissions continuent d'augmenter et ont déjà réchauffé la planète de 1,1 degré Celsius. En cause : l'ambition initiale très insuffisante et - en plus - un retard considérable par rapport à ces engagements peu ambitieux !
  • Trois biais qui façonnent notre vision du monde

    Trois biais qui façonnent notre vision du monde

    87% des scientifiques pensent que les humains contribuent au changement climatique... mais seulement 50% du public ! Cela amène une question : "qu'est-ce qui définit la perception que l'on a de la science ?" Le météorologiste J. Marshall Shepherd y répond en faisant le lien avec les systèmes de croyance et préjugés. Les trois principaux : le biais de confirmation, l'effet Dunning-Kruger et la dissonance cognitive. A écouter pour comprendre comment nous déformons - tous ! - nos propres raisonnements.