Faut-il encore présenter le GIEC ? Ce groupement international d'experts scientifiques nous concocte des rapports d'évaluation détaillés sur l'état des connaissances scientifiques, techniques et socio-économiques sur le changement climatique, ses impacts et les risques futurs, ainsi que sur les options pour en freiner le rythme. 
La 6e édition du rapport du GIEC, en trois volets, a été diffusé récemment, voici le résumé du constat scientifique.

 

La contribution du groupe de travail 1 du GIEC au 6e rapport d'évaluation livre les éléments de compréhension les plus récents concernant le système climatique et le changement climatique. Pour cela, les experts ont rassemblé et analysé de multiples sources de données.

Pour cette 6e édition, publiée le 9 août 2021, 234 experts ont fait une synthèse d’environ 14 000 études scientifiques. Leur rapport complet fait 3 949 pages, aussi en ont-ils également fait un "résumé technique" de 112 pages et un "résumé pour les décideurs" - et pour toute personne que cela intéresse ! - de 40 pages, un format qui rend accessible à tous les principaux éléments de compréhension des causes et impacts du changement climatique.

Rapport complet, résumé technique et synthèse sont téléchargeables ci-dessous.

Résumé du résumé

Le réchauffement actuel de la surface de la Terre est sans précédent depuis des milliers d’années et le rôle des êtres humains dans le changement climatique est désormais indéniable : la crise climatique actuelle n’est pas due à la variabilité naturelle du climat
Nous sommes responsables de

  • la fonte de la mer de glace de l’Arctique depuis les années 70,
  • la diminution de la couverture de neige printanière de l’hémisphère Nord observée depuis 1950,
  • la hausse des températures des océans depuis les années 70
  • la hausse du niveau de la mer depuis les années 70,
  • l’acidification des océans.

Le réchauffement climatique affecte déjà toutes les régions du monde et ses effets s'intensifieront

  • Partout, les vagues de chaleur vont se multiplier et s’intensifier. 
  • Précipitations intenses et sécheresses rendront certains territoires beaucoup plus vulnérables, d'où une "injustice climatique".
  • L’augmentation de la température globale entraînera une augmentation des précipitations de +5 à +13% sur les territoires émergés, avec de fortes disparités régionales.
  • Dans tous les scénarios (voir la page "Les différents scénarios d'évolution du climat"), l’augmentation de la température sera d'au moins +1,5°C et dépassera cette valeur au début des années 2030, 10 ans plus tôt que prévu dans le précédent rapport. 
  • L’élévation de la température pourrait atteindre +6,6 à 14,1°C d'ici 2300, des températures inédites depuis 15 à 20 millions d’années.
  • le niveau des océans va augmenter sous l’effet de la fonte des glaces et de la dilatation de l’eau, et risque d'atteindre, dans les pires scénarios, +15 à +20 m en 2300.

 Les émissions de CO2 sont un facteur-clé

  • Il y a une relation quasi linéaire entre les émissions de CO2 cumulées et le réchauffement global qu’elles provoquent (environ +0,45°C pour +1000 Gt). Il faut donc raisonner sur le cumul des tonnes de de CO2 émises pour évaluer l’ampleur du réchauffement climatique à venir. 
  • Pour contenir le réchauffement à +1,5°C, notre "budget CO2" est de 300 gigatonnes d’émissions cumulées d'ici 2100 : cela signifie qu'il faut diminuer immédiatement et radicalement nos émissions de CO2
  • 81% à 91% des émissions de CO2 sont dues à la combustion d’énergies fossiles. Le reste est attribué à l’usage anthropique des terres (déforestation, artificialisation…).
  • Dans tous les scénarios, la capacité des océans à absorber du CO2 diminuera alors que la quantité de CO2 augmentera, d'où une acidification croissante des océans. Cette acidification se diffuse jusque dans les profondeurs.
  • En cas de très fortes émissions de CO2, la terre et les océans se transformeront en sources de carbone au-delà de 2100 (alors que durant les 60 dernières années, les océans et la végétation terrestre ont capté toujours plus de CO2 et ainsi maintenu le CO2 stocké dans l’atmosphère a un niveau constant).

Les gaz à effet de serre (GES) à courte vie (Short Lived Climate Forcers ou SLCF) polluent, affectent le climat et ont, pour l'instant, partiellement masqué le réchauffement induit par le CO2.  

  • Ils affectent le climat et, dans la plupart des cas, sont également des polluants de l’air.
  • Parmi eux les aérosols (particules solides ou liquides en suspension) et les gaz dits chimiquement réactifs (méthane, ozone de basse altitude, certains composés halogénés…) ont un impact local sur le climat (souvent là où ils sont émis) alors que les gaz à effet de serre se répartissent dans l’atmosphère.
  • les SLCF peuvent avoir un effet refroidissant mais ne persistent pas longtemps (de quelques heures à une dizaine d’années) contre des centaines voire milliers d’années pour le CO2 avec lequel ils sont souvent co-émis (lors de la combustion de pétrole, charbon, gaz, bois,…). Résulat de cet effet refroidissant temporaire : les SLFC ont partiellement masqué le réchauffement induit par le CO2

Les GES provoquent un emballement de conséquences sur le climat, et même un emballement rétroactif

  • La température moyenne sur Terre découle de la différence entre l’énergie reçue du soleil par le système terrestre et celle qui en ressort sous forme de rayonnements infrarouges, un paramètre qui traduit la quantité d’énergie totale emmagasinée sur Terre.
  • Ce "forçage radiatif" était de +2,72 W.m-2 sur la période 1750-1920 ; il est désormais de +3,84 W.m-2 car les GES augmentent la quantité d’énergie qui reste dans l’atmosphère.
  • On estime désormais à 435 ZJ (435.1021 Joules) la quantité d’énergie accumulée par le système Terre entre 1971 et 2018. Cet excès d’énergie va ensuite réchauffer l’océan et le dilater pendant des siècles : cette dilatation s'ajoutera à la fonte des calottes glaciaires et des glaciers dans la hausse du niveau des mers et océans.
  • Sur le long terme, un réchauffement supplémentaire proviendra des multiples facteurs touchés par le premier réchauffement : c’est l'effet d’emballement rétroactif.

Le réchauffement climatique et l'augmentation des températures perturbent le cycle de l'eau, et conduisent à des précipations de plus en plus irrégulières

  • Réchauffement climatique et l'augmentation des températures entraînent une augmentation de l'évaporation, des précipitations et de l'humidité, ainsi qu'une accentuation des sécheresses. Cela implique des épisodes très secs ou très humides plus sévères, avec des modifications de localisation et de fréquence de ces extrêmes du fait des modifications de flux atmosphériques.
  • Dès le milieu du 20e siècle, le changement climatique d’origine anthropique a entraîné des modifications détectables du cycle de l’eau : contrastes plus marqués entre saisons sèches et humides dans les régions tropicales et assèchement des régions où l’été est sec (Méditerranée, sud-ouest de l’Australie, sud-ouest de l’Amérique du Sud, Afrique du Sud, ouest de l’Amérique du Nord, etc) ; la fonte précoce des glaces au printemps et la fonte plus forte des glaciers ont impacté les débits des cours d’eau dans les régions de moyenne montagne.
  • La variabilité et les extrêmes du cycle de l'eau augmenteront plus rapidement que les changements moyens dans la plupart des régions du monde, dans tous les scénarios d'émissions.
  • Les précipitations annuelles à l’échelle globale augmenteront en moyenne, par rapport à 1995–2014, de 2,4% à 8,3% d’ici 2081–2100, selon les scénarios. 
  • Les précipitations extrêmes augmenteront presque partout, même là où les précipitations moyennes saisonnières devraient diminuer.
  • L’évaporation (océans) et l’évapotranspiration (terres) vont augmenter - sauf dans certaines régions qui deviennent de plus en plus sèches et où l’évapotranspiration ne pourra plus augmenter ! - ce qui provoquera une baisse de l’humidité du sol dans des régions déjà sèches, comme la Méditerranée et l’Afrique du Sud. De plus en plus de terres seront soumises à des sécheresses, de plus en plus fréquentes et sévères. 
  • L'aridification va s'accélérer en Méditerranée, dans le sud-ouest de l’Amérique du Sud et dans l’ouest de l’Amérique du Nord.
  • Certaines régions tropicales comme le bassin de l’Amazone et Amérique du Sud deviendront également plus arides.

Sources

weblinkpdf button flag brit 6e rapport du GIEC - Groupe 1 - constat scientifique - rapport complet (3 949 pages)

weblinkpdf button flag brit 6e rapport du GIEC - Groupe 1 - constat scientifique - résumé technique (112 pages)

weblinkpdf button flag brit 6e rapport du GIEC - Groupe 1 - constat scientifique - synthèse (40 pages)

 

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